L'absurdité 23 / 1

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I . Réparations

Quelques jours plus tard, au poste

Le commissariat a retrouvé son rythme.
Téléphones qui sonnent.
Claviers qui tapent.
Agents qui passent.

Connor est debout à son bureau provisoire.
Il travaille.

Devant lui, des photos du site industriel.
Les relevés.
Les rapports.

Il n’a pas lâché l’affaire.
Hank arrive avec deux cafés.
— Toujours dessus ?
Connor ne lève même pas les yeux.
— Oui.
Hank pose un café près de lui.
— Tu vas finir par dormir dans ce bureau.
Connor répond calmement :
— Ce serait inefficace.

Au même moment, la porte du poste s’ouvre.
Et une tornade entre.
Iris.

Elle marche comme si le commissariat était son salon.
Un agent au passage lui dit :
— Salut Iris.
— Salut.
Un autre :
— Ton dos ?
— Encore vivant.

Elle arrive derrière Connor.
Regarde par-dessus son épaule.
— Toujours dans le trou de la mort ?
Connor soupire doucement.
— Oui.
Elle tapote son épaule.
— Courage détective du sous-sol.
Hank observe la scène.

Puis lâche comme ça :
— Elle devrait devenir flic.
Silence.

Connor lève la tête lentement.
Iris cligne des yeux.
— Pardon ?
Hank boit son café.
— Sérieusement.
Il la pointe du doigt.
— Tu traînes ici, tu poses des questions, tu fais parler les gens et tu mets le bazar.
Il hausse les épaules.
— C’est 80 % du boulot.
Iris éclate de rire.
— Moi ? Flic ? Impossible.
Miller passe derrière eux.
— Non pitié non.
Hank insiste.
— Je dis pas flic armée mais un truc qui ressemble.
Connor intervient calmement.
— Ce serait compliqué.
Hank le regarde.
— Pourquoi ?
Connor répond immédiatement :
— Procédures administratives, vérification d’antécédents, formation, Autorisation d’accès, Responsabilité civile et Juridiction légale.
Hank grimace.
— Ok on arrête.
Iris lève une main.
— Non mais attendez.
Elle réfléchit.

Puis regarde Connor.
— Un truc civil ?
Connor réfléchit.
— Possible, analyste comportementale civile, liaison sociale et assistance aux interrogatoires.
Iris croise les bras.
— Donc je serais pas flic.
— Non.
— Pas d’arme.
— Non.
— Pas d’arrestation dramatique ?
— Non.
— Beaucoup de paperasse ?
Connor la regarde.
— Oui.
Iris grimace.
— Voilà le problème.
Hank ricane.
— Tu vois elle abandonne déjà.
Miller ajoute en passant :
— Elle survivra pas à trois formulaires.
Iris se redresse.
— Je peux survivre aux formulaires, je veux juste pas vivre dedans.
Connor la regarde attentivement.
Très attentivement.

— Ce serait un changement important.
Elle le regarde.
— Tu crois que je peux pas ?
Connor répond honnêtement.
— Je crois que tu pourrais être très efficace.
Puis il ajoute :
— Mais ce ne serait pas simple et ce ne serait pas rapide.
Iris réfléchit.
Long moment.

Puis elle hausse les épaules.
— On verra.
Elle attrape le café de Hank.
— Réflexion en cours.
Hank grogne.
— Hé !

Connor regarde Iris partir vers la salle de pause.
Puis Hank.
— Elle y pense.
Hank hoche la tête.
— Ouais.
Puis il murmure :
— Si elle devient officiellement collègue…
Il regarde Connor.
— Ta vie va devenir encore plus bizarre.
Connor réfléchit une seconde.
Puis répond calmement :
— C’est probable.

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Commissariat, plus tard dans la journée

La journée s’étire.

Le commissariat est maintenant bien réveillé.

Téléphones.

Allées et venues.

Dossiers qui passent de bureau en bureau.

Dans l’open space, un groupe de techniciens termine enfin les réparations.

Le plafond est presque entièrement remis en place.

Les dalles blanches retrouvent leur alignement.

Les câbles disparaissent.

Le bureau de Connor commence à ressembler à un bureau… et non plus à un site archéologique.

Connor observe la scène.

Bras croisés.

Très attentif.

Un technicien remonte une dernière plaque.

Connor finit par s’approcher.

— Combien de temps avant que mon bureau soit de nouveau opérationnel ?

Le technicien se retourne.

Un peu surpris d’être interrogé comme s’il faisait face à une inspection militaire.

— Euh… on termine là.

— Encore une vingtaine de minutes.

Connor incline légèrement la tête.

— Compris.

Mais il reste là.

À regarder.

Très près.

Très… présent.

Le technicien échange un regard avec son collègue.

Puis accélère légèrement.

Derrière Connor, Miller observe la scène.

Elle pousse doucement Hank du coude.

— Regarde-le.

Hank tourne la tête.

Voit Connor debout derrière les techniciens.

À les fixer.

Comme un superviseur invisible.

Hank ricane.

— On dirait qu’il surveille une opération chirurgicale.

Miller répond doucement :

— Il déteste son bureau provisoire.

Hank regarde l’autre bureau.

Celui où Connor travaille depuis quelques jours.

Un petit bureau coincé près d’une armoire.

— Ouais… je comprends.

Miller hausse les épaules.

— On devrait peut-être ralentir les réparations.

Hank sourit.

— Tentant.

À ce moment-là, Connor revient vers eux.

— Les réparations devraient être terminées dans vingt minutes.

Miller prend un air innocent.

— Tu les surveilles maintenant ?

Connor répond sérieusement :

— Oui.

Hank éclate de rire.

— Bordel.

— Le mec surveille les réparations de son bureau.

Connor répond calmement :

— Mon bureau contient mes dossiers.

— Et mes systèmes d’analyse.

Miller croise les bras.

— Et ton confort psychologique.

Connor réfléchit une seconde.

— C’est possible.

Hank ajoute :

— Fais gaffe Miller.

— Si on tarde trop il va commencer à faire un planning.

Miller ricane.

— Ou pire.

— Un rapport.

Connor les regarde tous les deux.

— Ce ne serait pas nécessaire.

Hank le fixe.

— Tu vois ?

— C’est ça qui me fait peur.

À ce moment-là…

Iris passe derrière eux.

Un paquet de biscuits trouvé quelque part dans la main.

Elle s’arrête.

Regarde Connor.

Puis les techniciens.

Puis Connor.

— Tu surveilles ton bureau ?

Connor répond simplement :

— Oui.

Elle croque un biscuit.

— C’est officiellement la chose la plus Connor que j’ai vue aujourd’hui.

Hank applaudit lentement.

— Merci.

— Quelqu’un devait le dire.

Connor ne répond pas.

Mais son regard revient immédiatement vers les techniciens.

Qui viennent justement de poser la dernière dalle.

Le technicien se tourne.

— Voilà.

— C’est terminé.

Connor regarde son bureau.

Analyse rapide.

Puis il marche directement vers lui.

Miller murmure :

— Il va vérifier.

Hank répond :

— Évidemment.

Connor s’assoit.

Regarde son écran.

Passe la main sur la surface du bureau.

Tout est à sa place.

Il hoche légèrement la tête.

— Acceptable.

Derrière lui…

Iris éclate de rire.

— Acceptable ?

— C’est un miracle après ce que j’ai fait au plafond.

Connor la regarde calmement.

— C’est exact.

Hank secoue la tête.

— Je travaille dans un cirque.

SCÈNE — Une nouvelle affaire

L’après-midi s’étire doucement sur le commissariat.

Les néons blancs bourdonnent faiblement.

Les téléphones sonnent par intermittence.

Des agents passent avec des dossiers sous le bras.

Et pour la première fois depuis plusieurs jours…

Connor est de nouveau à son bureau.

Son vrai bureau.

L’écran est parfaitement aligné.

Les dossiers sont rangés par ordre précis.

Son interface affiche plusieurs analyses en parallèle.

Rien ne dépasse.

Rien ne traîne.

Tout est exactement à sa place.

Connor travaille.

Concentré.

Silencieux.

Même s’il ne le montre pas… le retour à cet espace lui convient nettement plus que le bureau provisoire.

Hank arrive avec un dossier épais.

Il le pose sur la table avec un bruit sec.

— Bon.

Connor relève les yeux.

— Oui.

Hank ouvre le dossier.

— On a un mort.

Connor incline légèrement la tête.

— Cause ?

Hank tourne quelques pages.

— Justement.

Il referme le dossier.

— On ne sait pas.

Miller passe derrière eux avec un café.

Elle ajoute simplement :

— Appartement.

— Pas d’effraction.

— Pas de lutte.

— Pas de témoins.

Elle hausse les épaules.

— Juste un type mort dans son salon.

Connor attrape déjà le dossier.

— Allons voir.

Pendant qu’ils se dirigent vers la sortie, au fond du commissariat, Iris traîne près de la machine à café, en pleine discussion avec deux agents. Elle les regarde partir.

— Encore une scène de crime ?

Hank lance par-dessus son épaule :

— Oui.

Iris lève les mains.

— Je bouge pas.

Connor incline légèrement la tête vers elle.

Puis ils quittent le poste.

SCÈNE — Appartement de la victime

L’immeuble est banal.

Couloir étroit.

Vieilles moquettes.

Une odeur de café froid flotte dans l’air.

Un voisin curieux regarde par l’entrebâillement de sa porte.

Hank le fait reculer d’un geste.

— Police.

L’appartement est petit.

Ordinaire.

Salon simple.

Un canapé fatigué.

Une table basse en bois.

Une télévision ancienne.

Des câbles électroniques traînent au sol.

Et près du canapé…

Un homme est étendu sur le sol.

Inerte.

Connor s’accroupit immédiatement.

Ses capteurs s’activent.

Analyse thermique.

Analyse corporelle.

Lecture des micro-impacts.

Ses yeux parcourent le corps.

— Aucun signe de violence externe.

Hank regarde autour.

— Donc quoi ?

Il croise les bras.

— Crise cardiaque ?

Connor examine le crâne de la victime.

Il tourne légèrement la tête du corps.

— Non.

Il montre une petite zone sur le côté du crâne.

Une plaie nette.

— Impact contondant.

Miller s’approche.

— Il s’est cogné ?

Connor regarde la table basse.

Le coin est dur.

Bois massif.

— Possible.

Mais quelque chose ne correspond pas.

Connor se redresse lentement.

Son regard parcourt la pièce.

Le canapé.

La télévision.

La chaise près du mur.

Les objets.

Il reste immobile plusieurs secondes.

Analyse en cours.

Hank finit par souffler.

— Quoi ?

Connor répond simplement.

— La trajectoire ne correspond pas.

Miller fronce les sourcils.

— Quelqu’un l’a poussé ?

Connor secoue la tête.

— Aucune trace d’intrusion.

Il observe le sol.

— Aucune trace de lutte.

— Aucune trace d’ADN tiers.

Le silence tombe.

L’appartement semble banal.

Mais Connor continue de regarder.

Quelque chose ne colle pas.

SCÈNE — Connor réfléchit

Retour au commissariat.

Le tableau d’enquête est couvert de photos.

Plans du salon.

Positions du corps.

Objets.

Connor marche lentement devant le tableau.

— La victime était seule.

Il pointe une photo.

— Pas d’effraction.

Une autre.

— Pas de poison détecté.

Une autre.

— Pas d’arme.

Hank s’appuie contre une table.

— Donc ?

Connor reste silencieux.

Il réfléchit.

Encore.

Encore.

Ses yeux passent d’une image à l’autre.

Angles.

Distances.

Positions.

Miller observe.

— Tu vois quelque chose ?

Connor ne répond pas tout de suite.

Il fixe une photo.

Puis une autre.

Puis agrandit une image.

Un détail apparaît.

Un câble.

Fin.

Qui traverse le sol entre la télévision et une prise murale.

Connor s’approche.

— Intéressant.

SCÈNE — Reconstruction

Connor se tourne vers Hank et Miller.

— Hypothèse.

Il pose un dossier au sol.

— Position initiale.

Il marche lentement.

— La victime se déplace vers la télévision.

Il imite la trajectoire.

— Son pied accroche le câble.

Hank plisse les yeux.

— Ok.

Connor continue.

— Perte d’équilibre.

— Réaction réflexe.

Il attrape la chaise proche.

— Tentative d’appui.

La chaise glisse.

— La chaise se déplace.

Il montre la table basse.

— L’objet suivant devient point d’impact.

— La table se déplace également.

Connor mime la chute.

— La victime perd le centre de gravité.

Il montre la photo.

— Impact du crâne ici.

Silence.

Hank réfléchit.

— Donc…

Connor termine simplement.

— La victime s’est tuée accidentellement.

Silence total.

Miller regarde les photos.

Puis Connor.

— Sérieusement ?

Connor acquiesce.

— Une série d’événements successifs.

— Chaque élément a aggravé le précédent.

Hank passe une main sur son visage.

— Bordel.

Connor observe encore les photos.

— J’ai envisagé une intervention extérieure.

— Une manipulation complexe.

— Un mécanisme dissimulé.

Pause.

Puis il conclut calmement.

— Ce n’était pas nécessaire.

Hank secoue la tête.

— Donc ce type a trébuché…

— s’est rattrapé sur une chaise…

— qui a glissé…

— et il s’est fracassé la tête sur sa propre table.

Connor réfléchit.

— Oui.

Hank soupire.

— Les humains sont incroyables.

Connor observe le tableau.

Puis ajoute calmement :

— L’absurdité humaine est parfois difficile à anticiper.

Hank referme le dossier.

— Bon.

— Rapport officiel.

Il réfléchit.

— “La victime a été vaincue par son propre appartement.”

Connor incline légèrement la tête.

— Une formulation légèrement différente serait préférable.

Hank sourit.

— Ouais.

— Mais l’idée est là.

SCÈNE — Retour au bureau

La porte de la salle de briefing s’ouvre.

Connor sort le premier.

Le dossier encore à la main.

Son esprit tourne toujours sur les derniers détails de l’affaire.

L’absurdité du câble.

La chute.

La trajectoire.

Mais dès qu’il entre dans l’open space…

Il s’arrête net.

Analyse immédiate.

Devant lui.

Son bureau.

Son bureau tout juste réparé.

Et dessus…

Iris.

Installée comme chez elle.

Assise sur sa chaise.

Les pieds posés directement sur le bureau.

Un paquet de quelque chose ouvert dans les mains.

Quelque chose d’indéterminé.

Un mélange improbable de snacks.

Et surtout…

des miettes.

Partout.

Sur le bureau.

Sur le clavier.

Sur un dossier.

Connor reste parfaitement immobile.

Son regard passe sur :

les miettes

le paquet

les chaussures

son clavier

Analyse rapide.

Probabilité que la conversation fonctionne : faible.

Probabilité que la situation empire si Iris discute : élevée.

Conclusion.

Action directe recommandée.

Connor marche vers elle.

Iris croque encore dans son mélange étrange.

Sans lever les yeux.

— Alors ?

— Le câble tueur ?

Connor s’arrête devant elle.

Iris relève enfin les yeux.

— Oui ?

Connor ne dit rien.

Il tend simplement les bras.

Et la soulève.

D’un geste net.

Iris pousse un petit cri surpris.

— Hé !

Connor la dépose calmement sur la chaise à côté.

Puis il reprend sa place devant son bureau.

Iris reste une seconde figée.

Puis éclate de rire.

— Oh non.

Elle le pointe du doigt.

— Trahison.

Elle regarde le bureau.

Puis Connor.

— Tu aimes plus ton bureau que moi.

Connor examine les miettes.

Puis attrape un mouchoir.

— Mon bureau contient mes dossiers.

Il nettoie calmement une zone.

— Et mes systèmes d’analyse.

Iris croise les bras.

— C’est pire que ce que je pensais.

Connor regarde son clavier.

Une miette tombe.

Il la retire.

Puis répond calmement.

— Tu peux rester.

Iris plisse les yeux.

— Ah ?

Connor montre simplement la chaise.

— Là.

Elle soupire théâtralement.

— Quelle générosité.

Hank passe derrière eux.

Observe la scène.

Puis les miettes.

Puis Iris.

— Elle a essayé de coloniser ton bureau ?

Connor répond simplement.

— Oui.

Hank ricane.

— Et tu l’as déplacée comme un meuble.

Iris pointe Hank.

— Hé !

Connor continue de nettoyer calmement son bureau.

Puis ajoute sans lever les yeux :

— C’était la solution la plus efficace.

Iris secoue la tête.

— Deux ans de relation.

— Et je me fais expulser pour des miettes.

Connor la regarde enfin.

— Ce ne sont pas des miettes.

Il montre le clavier.

— Ce sont des contaminants.

Hank éclate de rire.

— Bordel.

— Je vous jure… vous êtes un spectacle

Posted Mar 14, 2026, 12:22 AM UTC

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