Ce soir je me souviens de ton passage dans ma vie.

Ça fait cinq ans maintenant. Je crois ? Oui. Cinq ans que je suis partie, que je t'ai brièvement rejoint dans une espèce de songe à la lisière du délire. Quelle faiblesse, quelle profonde maladresse et quel épisode pathétique de ma vie.

Depuis les interstices de mon appartement, assise dans la nuit, par terre, sur le carrelage froid. A l'abri de sa presence. Dans l'obscurité tu m'as rencontrée. Tes mots m'ont recueillie et accueillie à grandes salves d'affections. Tu étais éblouissant. J'étais dans un état de faiblesse et d'immaturité qui ne m'ont pas permis de distinguer les risques que je prenais.

Je tombais amoureuse d'un texte sur un écran, d'une voix, de quelques photos. On s'est rejoint dans cet espace imaginaire où tout semblait possible, nourrie de cette substance étrange c'était comme si j'allumais la nuit autour de moi. Pendant la journée j'étais portée par ce sentiment envahissant. Tu étais partout, tu occupait tout mon esprit, j'étais obnubilée. Des poèmes, des chansons, des attentions. Des mots "je n'ai jamais rencontré quelqu'un comme toi, ce que je te dis est tellement intime, j'ai l'impression d'avoir trouvé la bonne personne". Enfin quelqu'un avait les outils pour me voir. J'aurais dû le savoir. J'aurais dû comprendre aux premiers indices de froideur. Au premier recul de ta part.

J'étais instable. Je n'étais pas fiable, pas confiante et je projetais, je paniquais. Quand tu as décidé de mettre fin à notre début de romance j'ai eu l'impression qu'un immeuble s'effondrait sur moi. Et je crois que je n'ai pas supporté surtout l'humiliation d'être la seule à avoir aimé. L'humiliation d'y avoir cru sans preuves. Et la si humiliante phrase que tu m'as dite"je savais pas qu'on pouvait tomber amoureuse à distance". Je n'ai plus jamais vécu de douleur aussi forte. De choc aussi violent. J'ai préféré tout effacer pour ne plus avoir à relire les messages dégoulinants qu'on s'était envoyés. (Et tu utilisais des astérisques franchement c'est chaud)

Je crois qu'en une certaine façon tu m'as apprit, involontairement, à ne plus croire. J'aurais aimé que ça n'ai pas détruit le reste. J'ai tenu bon. Évidemment. Et je sais que tu n'as pas agis avec malice. J'aurais seulement aimé que tu me demandes pardon sincèrement à ce moment là, pas juste pour te protéger de la responsabilité des dégâts. Et pendant un temps j'ai gardé cette blessure à vif pour tenter de comprendre. Je savais que j'avais accroché beaucoup trop vite beaucoup trop fort car comment savoir ? Comment savoir que ça n'était pas sain ? Je le ressentais, c'est tout. Il n'y avait rien de rationnel. Je sais que j'étais pathétique à ce moment là, que mon comportement d'auto sabotage était repoussant. J'ai mal réagit, j'ai dit des choses très blessantes et tu ne méritais pas ces jugements que je t'ai portés quand j'étais aveuglée par la douleur. Ça ça venait de moi et moi seule. Je comprends que tu n'ai pas voulu de la position d'infirmier. Évidemment. Mais j'aurais aimé plus d'honnêteté.

Ce soir je pense à toi. Ça faisait un bail. Et l'espace d'un court instant je ravive ces émotions. Est-ce qu'il t'arrives de penser à moi ? Est-ce que tu vas bien ? Comment tu avances ? Qui es-tu devenu ?

Ces instants se sont assis dans mon esprit et je les ais depuis archivés si loin de mon quotidien que tu ne représentes plus grand chose pour moi. Peut être une sorte de cicatrice un peu pâle. Je les regarde parfois ces images, ces moments à discuter de la présence, comme on va renifler un vieux souvenir, les émotions qui ont un jour eu lieu je peux les regarder flotter encore, au loin. Je ressens encore la vague violente qui m'as rendue si ivre de toi. Je la ressens de l'autre côté du temps. Sans qu'elle ne me touche plus. Car j'ai depuis, fini par tomber amoureuse sans danger.

Et aujourd'hui et hier, tu as fini de me hanter. J'espère que tu es heureux. Je n'ai rien d'autre à te souhaiter T.

Posted Mar 14, 2026, 12:27 AM UTC

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