To bee continued...
À mon réveil, voilà trois jours, le monde me paraissait être un vaste et merveilleux terrain, Quand j’y repense, j’étais si jeune et pleine de vie.
Et puis, comme l’ancien l’avait prédit, les géants de chair se sont mis à nous massacrer. Une par une.
Ils ont utilisé des nuages mortels auxquels nous ne pouvions pas échapper. Ils ont mis le feu à notre pays. J’ai vu une amie brûler vive alors qu’elle tentait de sauver ses enfants. J’ai vu un ami s’asphyxier sous la chaleur et les nuages de cendre.
J’ai fui.
J’ai fui aussi vite que je le pouvais dans l’espoir d’échapper à ces monstres de sang et à leurs progénitures. J’ai survécu grâce au peu de nourriture que je trouvais sur mon chemin. Certaines de mes sœurs sont mortes sous mes yeux, avalant, affamées, des restes empoisonnés.
Leurs cadavres jonchaient le sol par millier, tandis que les monstres de chairs continuaient d’hurler et d’incendier les alentours. Ce n’est qu’en attendant ma fin, posée près d’un gigantesque chêne qui était, lui aussi, sur le déclin, que je perçus la faiblesse de ces monstres ignobles.
Sans notre récolte, leur espèce était vouée à l’extinction. Leurs joues se creusaient et leurs corps s’affinaient laissant apparaître leurs os blanchâtres. Leurs enfants étaient les premiers à dépérir. Leurs petits corps décharnés et tristes qui regardaient leurs parents, en les suppliant de faire quelque chose ; En les suppliant de leur éviter la mort.
Mais de l’aveu du chêne ancien, nous savions qu’il était trop tard. Ils avaient déjà décimé toute notre population. Nous étions pourtant les seules à pouvoir les sauver.
Désespérés, ils arrêtèrent d’incendier les alentours et regardèrent en pleurant les corps de leurs congénères, et ceux des enfants qui avaient succombé. Certains se mirent à s’attaquer entre eux, s’arrachant la chair à grands coups de dents et de griffures pour obtenir les dernières gouttes d’eau que les incendies avaient laissées. D’autres s’automutilèrent, se griffant la gorge de désespoir et poussant des râles affreux.
Lorsque le dernier s’effondra dans un soupir triste, un profond silence s’abattit et, le chêne qui était à mes côtés soupira de désolation.
- "Tant de gâchis", soupira-t-il de sa voix grave, "Tant de malheurs !"
Quand le jour se leva de nouveau, certains de mes amis sortirent de leurs cachettes. Beaucoup étaient blessés et beaucoup d’autres étaient, encore, apeurés.
Il fallut une journée supplémentaire pour voir la couleur revenir et une autre pour regarder les cendres se disperser au vent. Lorsque le troisième jour survint, notre population entamait sa résurrection. C’était la naissance d’un nouveau cycle.
Le chêne qui régnait sur sa colline m’invita à me rapprocher de lui et, quand je fus assez proche, il découvrit le nœud que formaient ses racines.
Nichés au cœur de l’arbre, sauvegardés de la sécheresse et de la désolation se tenaient deux embryons appartenant aux monstres de chair. Leurs petits cœurs battaient au rythme de la sève qui les nourrissait et leurs doigts serraient les racines qui les protégeaient.
Et le chêne, résistant à la haine vindicative des rescapés, referma ses racines, enterrant dans les profondeurs l’avenir de ceux qu’il appelait « Humain ».
Posted Jul 8, 2026, 12:07 PM UTC