Peut-on arrêter, collectivement, de mal utiliser le terme « immigrant » ?

Discussion

J'entends souvent des gens qualifier les descendants des colons canadiens-français d'« immigrants ». Cet usage du mot crée plus de confusion qu'il n'apporte de clarté.

Suggérer que les Québécois ou les Acadiens d'origine française, dont les racines en Amérique du Nord remontent à près de 400 ans, sont des immigrants est, selon moi, non seulement inexact, mais aussi insultant.

Les Canadiens français ont souvent été contraints de venir en Nouvelle-France, envoyés par le gouvernement français pour peupler la colonie ou exilés en raison de croyances contraires à l'ordre établi en France. Bien sûr, certains sont venus de leur propre gré dans l'espoir d'améliorer leur sort.

La terre que nos ancêtres ont découverte était immense. Les peuples qu'ils ont rencontrés étaient majoritairement nomades, et plusieurs nations occupaient ou partageaient les territoires de la vallée du Saint-Laurent à différentes époques de l'histoire de la Nouvelle-France. Les archives ne font pas état d'un réseau permanent d'infrastructures comparable à celui des sociétés européennes. Notre histoire est avant tout une histoire de survie; rien ne nous a été donné à notre arrivée.

En Nouvelle-France, un homme qui ne coupait pas son bois risquait de mourir de froid durant l'hiver. Il n'y avait pas d'écoles publiques, et ce sont surtout les communautés religieuses qui assuraient les soins de base. La nourriture n'était pas un droit : ceux qui ne travaillaient pas risquaient de mourir de faim.

Si 400 ans d'enracinement en Amérique valent autant que 25 ans de résidence au Québec, alors, par la même logique, les 15 000 ans d'histoire des peuples autochtones n'auraient pas plus d'importance. Cette logique ne tient pas. L'honneur revient à ceux qui bâtissent et laissent un héritage; ceux qui s'intègrent à un système y prennent leur place, mais ne l'ont pas nécessairement créé.

C'est la Couronne qui a mis en place les institutions dont découle le système qui accueille aujourd'hui les immigrants. Le cadre politique et social de l'État canadien moderne est en grande partie issu des traditions européennes.

On peut décider d'appeler une tasse un bol, mais on perd alors toute la raison d'être du langage : la précision. Les mots « immigrant », « colon », « colonisateur », « réfugié » et « expatrié » renvoient tous à un déplacement, mais ils n'ont pas le même sens.

Les populations d'origine française et britannique au Canada et au Québec ne sont pas arrivées dans un État-providence. Elles ont dû survivre dans des conditions extrêmement difficiles.

Posted Aug 1, 2026, 3:44 AM UTC

18
Loading comments…