Moue

Elle fait la moue quand je lui énumère les quartiers où mes pieds m'ont emmené récemment, sans nécessité aucune, par envie ou plus souvent par hasard. 

"Pourquoi tu es allé là bas ? T'étais pas obligé je veux dire ?"

Elle aime beaucoup son propre quartier, 

cocon qui lui offre un sentiment de sécurité assez intense (il est très rare que dans son champ visuel traîne un homme à la peau foncée, ou que surgisse une tête bizarre de défoncé).

Elle adore cet environnement où tout un chacun court se terrer au plus vite, derrière les murs de sa petite patrie, seul habitant recensé du territoire (peu étendu) de sa "vie";

tout le voisinage tirant secrètement fierté de cette capacité à être déjà un peu mort 

à 

se cacher formidablement derrière d'épaisses portes de fonte 

pour oublier l'allure, 

éloigner les airs 

et nier les sons 

produits par d'autres êtres que soi. 

Alors qu'ailleurs la vie pétille, 

et qu'ici le maïs craque au dessus de braises attisées par les mains tannées d'un homme immigré.

Tandis que brille dans le contre-jour d'une douce fin de journée le duvet blond de longues jambes slaves; 

des langues se délient, 

des chairs se rejoignent.

Posted Sep 8, 2026, 11:44 AM UTC

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