CHAPITRE 24/ P1

Le dimanche matin arrive avec une conclusion commune.
Aucune réunion n’est organisée.
Aucun vote n’est nécessaire.
Aucune discussion n’a lieu.
Will ouvre les yeux.
Lena entrouvre les siens. !
Ils se regardent deux êtres humains manifestement revenus de guerre et quelque chose passe silencieusement entre eux Non ,Aujourd’hui ils ne font rien absolument rien l'accord est adopté à l’unanimité.
La veille au soir, ils avaient finalement trouvé suffisamment de volonté pour quitter le sol de la chambre, puis Lena avait réclamé une douche pas parce qu’elle avait retrouvé de l’énergie simplement parce qu’elle avait annoncé avec le sérieux d’une mourante :
—Je refuse de dormir avec toute cette journée sur moi.
Will avait compris après le concert, la poussière, la sueur, les montages, les démontages, la chute du sandwich, la course après Léo et certaines activités de vérification automobile particulièrement poussées…une douche était probablement nécessaire.
Le problème était arrivé après.
Lena était sortie de la salle de bain propre, chaude, complètement nue et déjà à moitié endormie elle avait traversé la chambre directement vers le lit, Will, qui venait de récupérer un tee-shirt propre dans l’armoire, s’était retourné.
—Lena.
—Hm.
—Habille-toi.
—Non.
Elle avait continué.
—Lena.
—Dodo.
—Mets au moins ça.
Il montre un de c'est tee-shirt.
—Non.
Et elle avait accéléré pas beaucoup mais suffisamment pour qu’on puisse officiellement parler de tentative de fuite.
—Lena.
—JE VEUX DORMIR NUE.
—Il fait frais cette nuit.
—J’ai une couette !
Elle avait contourné le lit Will également, une poursuite à vitesse réduite s’était engagée entre deux adultes trop fatigués pour courir correctement.
—Arrête de me suivre !
—Mets le tee-shirt.
—Je suis chez moi !
—Moi aussi !
—ALORS RESPECTE LA LIBERTÉ !
Finalement, Will avait réussi à l’attraper autour de la taille.
—Trahison…
—Les bras.
—Non.
—Lena.
Elle avait laissé pendre ses bras comme une enfant refusant catégoriquement de coopérer, Will avait dû lui enfiler son grand tee-shirt presque tout seul.
Une manche.
Puis l’autre.
La tête.
—Voilà.
Lena avait émergé du col avec les cheveux humides complètement ébouriffés, elle l’avait regardé avec une haine épuisée.
—Dictateur textile.
Puis elle s’était jetée sur le lit et avait dormi presque immédiatement.

Le lendemain…
la fraîcheur n’est toujours pas revenue Will ne se lève même pas particulièrement tôt pour lui, mais son organisme possède malheureusement une limite à la grasse matinée que Lena considère comme profondément offensante. Lorsqu’il finit par quitter le lit, elle ne réagit presque pas elle s’enroule simplement davantage dans la couette. Will la regarde quelques secondes c'est cheveux partout son tee-shirt remonté de travers une jambe dépassant de la couverture.
Puis il quitte la chambre.
Il pourrait travailler.
Les dossiers sont toujours là.
Les anciennes photographies.
Les emplacements.
Les commerces historiques.
Les notes de Faith.
Le lien territorial qu’ils commencent à dessiner.
Tout l’attend.
Will s’arrête devant la table regarde les dossiers puis repense à la veille.
À la tempête.
Aux archives.
À l’arrestation de Lena.
À leur journée entière sur le terrain.
Au concert.
À Léo.
À Evan.
À la cuissarde qui l’a envoyé sur le dos.
Non pas aujourd’hui.
Il rassemble simplement une partie des dossiers et les pousse proprement sur une extrémité de la table pas rangés ni abandonnés juste…pas maintenant.
Puis il attaque un problème nettement plus urgent la nourriture parce qu’hier, ils ont mangé n’importe comment un sandwich quelques trucs récupérés sur les stands, des morceaux volés dans l’assiette de l’autre et beaucoup trop d’énergie dépensée pour un apport calorique aussi discutable.
Alors Will cuisine.
Vraiment.
Œufs.
Bacon.
Pancakes.
Un petit-déjeuner suffisamment copieux pour réparer deux adultes qui ont traité leur corps comme du matériel de location pendant plusieurs jours. Café pour lui et il prépare déjà de quoi faire boire Lena lorsqu’elle émergera de sa crypte.
Il est tard dans la matinée lorsqu’un bruit arrive finalement du couloir.
Des pas.
Lents.
Très lents.
Will tourne la tête.
Lena apparaît ou plutôt quelque chose portant Lena, le grand tee-shirt de Will lui tombe largement sur les cuisses ses cheveux cuivrés, pourtant attachés la veille ont manifestement profité de la nuit pour organiser une insurrection le chouchou a disparu une partie de ses boucles est aplatie une autre monte, une autre semble chercher activement à quitter son crâne.
Ses yeux sont à peine ouverts elle avance.
Will la regarde approcher.
—Bonjour.
Aucune réponse.
Deux pas puis Lena s’arrête son nez bouge légèrement elle renifle son visage prend soudain une expression presque spirituelle.
— …manger.
Will sourit.
—Oui.
Elle tourne lentement la tête vers la table.
Pancakes.
Œufs.
Bacon.
Assiettes.
—Manger…
—C’est généralement le principe du petit-déjeuner.
Elle avance mais au lieu d’aller vers sa chaise elle bifurque directement vers lui, Will n’a même pas le temps de demander ce qu’elle fait Lena arrive contre lui passe ses bras autour de sa taille et s’écrase complètement visage contre son torse.
Will baisse les yeux.
—Bonjour à toi aussi.
Lena produit un son.
—Mrrrgh.
Il attend.
—C’est un mot.?
—Mmh.
Ses bras se resserrent légèrement.
Voilà le remerciement pas de grande déclaration pas de plaisanterie, juste une Lena à moitié consciente qui a senti le petit-déjeuner, trouvé Will au milieu de la cuisine et décidé que les deux méritaient une reconnaissance immédiate.
Will passe une main dans son dos.
—De rien.
—Mrrh.
—Très clair.
Elle reste là quelques secondes puis son corps devient progressivement plus lourd.
Will fronce les sourcils.
—Tu te rendors.?
—Non.
—Lena.
—Je repose mes yeux.
—Debout.?
—Contre toi.
—Va manger.
Grognement offensé.
Mais elle se détache fait deux pas et se laisse tomber sur sa chaise littéralement.
—Aïe.
Will tourne la tête.
Lena se fige son visage se contracte, petit rappel immédiat de sa chute du bord de la scène la veille.
—Mon cul…
Will pince les lèvres.
—Ne ris pas.
—Je ris pas.
—Tes joues rient.
Il pose une assiette devant elle.
Lena regarde les pancakes.
Puis Will.
Puis les œufs.
Puis le bacon.
Son cerveau semble enfin démarrer.
—T’as fait tout ça.?
—Oui.
—Pourquoi.?
—Parce qu’on a presque rien mangé hier.
Lena regarde l’assiette.
—Je t’aime.
—Je sais.
—Là particulièrement.
—Mange.
Elle attaque immédiatement.
Will s’assoit en face d’elle avec son café et pendant plusieurs minutes, il ne se passe pratiquement rien ce qui, dans leur maison, relève de l’événement historique, Lena mange Will boit son café la lumière du dimanche entre doucement dans la pièce.
Aucun téléphone ne sonne.
Personne ne court.
Aucun ex ne provoque personne.
Aucun agent débutant n’assomme un DJ.
Aucune archive hantée.
Aucune cuissarde agressive.
Juste eux.
Lena découpe un morceau de pancake le trempe un peu trop généreusement le mange ses yeux se ferment presque de bonheur.
—C’est bon.
—Merci.
—Très bon.
Will l’observe.
—T’avais faim.
—Je pourrais manger la table.
Will regarde leur vieille table réparée.
—Non.
—Pourquoi.?
—J’ai déjà dû la réparer.
—Possessif.
Elle reprend du bacon.
Will tend alors la main par-dessus la table sans interrompre son café, il repousse doucement quelques mèches cuivrées qui lui tombent devant les yeux, il essaie de les placer derrière son oreille. Lena s’arrête de mâcher le regarde Will remet une autre boucle en arrière elle retombe immédiatement il recommence, la boucle retombe Will fronce les sourcils.
Lena mâche lentement.
—Tu vas encore empirer.
—Je fais rien.
—Hier aussi t’as dit ça.
Il abandonne la boucle.
—Tes cheveux refusent toute autorité.
Lena avale.
—Ils sont français.
Will la fixe.
—Ça explique rien.
—Pour moi, si.
Il sourit malgré lui et passe simplement ses doigts une dernière fois dans les mèches devant son visage, sans chercher cette fois à les organiser, Lena penche légèrement la tête dans sa main automatiquement.
Une seconde.
Deux.
Puis elle reprend son pancake comme si de rien n’était.
Will laisse sa main retomber.
—On fait quoi aujourd’hui.?
Demande-t-elle finalement.
Will regarde les dossiers empilés au bout de la table.
Puis Lena.
—Rien.
Elle s’arrête.
—Rien.?
—Rien.
Lena pose lentement sa fourchette.
—Genre…
Elle fait un geste vague.
—Rien rien.?
—Oui.
—Pas GBI.?
—Non.
—Pas archives.?
—Non.
—Pas enquête.?
—Non.
—Pas de rangement.?
Will hésite.
Lena plisse immédiatement les yeux.
—Will.
—Pas de rangement.
Elle inspire profondément.
Puis tend sa main au-dessus de la table.
Will la regarde.
—Quoi.?
—Scelle l’accord.
Il comprend pose sa main dans la sienne ils se serrent solennellement la main.
—Dimanche inutile,
Déclare Lena.
—Dimanche tranquille.
—Non inutile c’est important.
Will acquiesce.
—D’accord.
Elle reprend immédiatement son bacon.
—Parfait.
Petit silence.
Puis :
—On peut regarder des trucs débiles sur le canapé.?
—Oui.
—Faire une sieste.?
—Oui.
—Commander à manger ce soir alors qu’il y a probablement de la nourriture.?
—On verra.
Lena pointe sa fourchette vers lui.
—Tu fragilises déjà l’accord.
—Mange tes pancakes.
—Dictateur dominical.
Et pour une fois, leur programme de la journée tient dans un concept extrêmement simple ne sauver personne, ne poursuivre personne, ne résoudre aucun crime et surtout ne vérifier aucun pneu.

Évidemment, le dimanche inutile tient pendant quelques heures ce qui, pour Lena et Will, constitue déjà une performance remarquable, ils finissent sur le canapé devant une émission dont Lena a perdu le fil depuis au moins vingt minutes, elle est recroquevillée contre Will les jambes repliées sous elle toujours dans son immense tee-shirt ses cheveux ont définitivement renoncé à toute organisation sociale.
À l’écran, trois personnes sont en train de se disputer autour d’une maison.
Ou d’un gâteau.
Ou peut-être qu’ils rénovent le gâteau.
Lena fronce les sourcils.
—Pourquoi elle pleure.?
Will regarde l’écran.
Longtemps.
—Je sais pas.
—T’as suivi.?
—Au début.
—Et après.?
—J’ai arrêté.
Lena acquiesce.
—Moi aussi.
Ils continuent pourtant à regarder parce que changer de chaîne demanderait de récupérer la télécommande, la télécommande est sur la table basse à environ quatre-vingts centimètres une distance insurmontable.
Le téléphone de Will vibre.
Il grogne presque.
Lena lève vaguement la tête.
—Si c’est le travail, t’es mort.
Will attrape son téléphone.
—Nico.
—Ah.
Il lance le vocal.
La voix de Nico remplit doucement le salon.
Vocal Nico : Tout va bien Betty aussi même beaucoup trop bien, apparemment…
Nico est toujours chez une amie qui possède un grand terrain avec un chenil et Betty semble avoir découvert une existence faite d’herbe, d’odeurs intéressantes et de gens entièrement disposés à l’admirer, Nico restera là jusqu’à la fin du week-end retour prévu lundi peut-être mardi et, au ton du message, rendre Betty ne semble pas constituer sa priorité absolue.
Lena se redresse.
—Pardon.?
Will écoute la fin.
—Nico la ramènera lundi ou mardi.
—Ou mardi.?
—Oui.
—Will.
—Quoi.?
—On nous a kidnappé notre bébé.
Will tourne lentement la tête.
—Notre bébé.
—Oui.
—Betty est mon chien.
Lena le regarde, offensée.
—Après tout ce qu’on a vécu ensemble.?
—Toi et Betty.?
—Oui !
—Tu lui voles sa place dans le lit.
—Elle me pardonne !
—Tu l’accuses de crimes qu’elle n’a pas commis.
—Elle a mangé mon fromage.
—C’était probablement toi.
—On ne le saura jamais.
Lena retombe contre lui.
—Elle me manque.
Cette fois, Will ne plaisante pas parce qu’à lui aussi.
La maison est étrangement vide sans les minuscules griffes sur le sol sans Betty qui apparaît dès qu’un emballage produit un bruit suspect sans son regard accusateur, sans ses quatre kilos de dictature.
—Elle revient,
Dit-il.
—Nico a intérêt.
—Lena.
—Je connais des agents fédéraux.
—Tu vis avec un agent fédéral.
—Exactement. J’ai des relations.
Will lui embrasse distraitement les cheveux.
Le calme revient total.
L’émission continue de fonctionner sans leur participation intellectuelle.
Lena glisse progressivement plus bas.
Will ne bouge presque plus.
Le dimanche inutile reprend ses droits et puis…
DING-DONG.
Lena se fige.
Will aussi.
Personne ne parle ils regardent la porte.
Puis l’un l’autre.
Lena murmure :
—Non.
Will soupire.
—Quelqu’un sonne.
—J’avais remarqué.
—Je vais ouvrir.
—Pourquoi.?
Il la regarde.
—Parce que quelqu’un sonne.
—Si on bouge pas, peut-être qu’ils penseront qu’on est morts.
—La voiture est devant.
—On peut être morts avec une voiture.
La sonnette retentit encore.
Lena ferme les yeux.
—Des barbares.
Will pose ses mains sur ses cuisses.
Puis se lève lentement beaucoup trop lentement pour un homme capable de poursuivre des suspects à pied.
Lena le regarde se redresser avec une grimace.
—Regarde-le.
Will tourne la tête.
—Quoi.?
—L’élite du GBI.
—Tais toi.
—Terrassée par un canapé.
—Lena.
—Besoin d’aide, papi.?
Will lui adresse un regard.
Elle sourit immédiatement.
—Bon courage.
Il traverse le salon.
La sonnette retentit une troisième fois.
—J’arrive.
Lena crie depuis le canapé :
—IL EST VIEUX, LAISSEZ-LUI LE TEMPS !
Will s’arrête ferme les yeux puis continue.
Il arrive à la porte déverrouille ouvre et s’immobilise complètement, Amanda Wagner se tient sur le perron en chair et en os un dimanche devant chez lui.
Deux agents sont derrière elle.
Pas de sourire.
Pas de sarcasme.
Pas son expression habituelle de supérieure venue expliquer à Will pourquoi il lui donne envie de prendre sa retraite anticipée son visage est fermé grave.
Will ne dit rien.
Amanda le regarde de haut en bas.
Cheveux pas vraiment coiffés.
Tee-shirt simple.
Pantalon confortable.
Pieds nus.
Une version de Will Trent qu’elle n’a probablement jamais eu besoin de voir.
Son regard remonte jusqu’à son visage.
—Trent.
—Amanda.
Silence.
Will regarde les deux agents derrière elle.
Puis Amanda.
Quelque chose change immédiatement dans son expression.
—Qu’est-ce qui s’est passé.?
Amanda ne demande pas à entrer elle avance simplement.
Will recule par réflexe toujours légèrement bloqué par le fait qu*’Amanda Wagner vient réellement de débarquer chez lui un dimanche accompagnée de deux agents.*
Dans le salon, Lena s’est redressée elle n’a pas entendu les mots mais elle connaît Will, elle connaît surtout le silence de Will lorsqu’un détail vient de changer brutalement, alors elle se lève.
—Will.?
Elle voit Amanda et s’arrête.
Ah merde son corps prend immédiatement une décision parfaitement mature "je ne suis pas là", Lena recule d’un demi-pas très lentement peut-être qu’Amanda ne l’a pas vue.
Amanda tourne la tête la regarde directement Lena se fige.
Grand tee-shirt de Will.
Jambes nues.
Cheveux en catastrophe absolue.
Dimanche matin écrit sur l’intégralité de sa personne.
Elle lève timidement deux doigts.
—Bonjour.
Amanda la fixe.
Une seconde.
Deux.
Lena baisse lentement la main.
— …je vais disparaître.
—Restez là.
Lena grimace évidemment.
Mais Amanda ne parle ni des archives.
Ni de l’arrestation.
Ni du badge.
Ni du rapport administratif.
Et c’est précisément ce qui commence à inquiéter Will.
—Amanda.?
Elle revient vers lui cette fois, aucun détour.
—Faith et Jeremy ont disparu.
Le salon entier semble devenir silencieux.
Lena ne bouge plus.
Will non plus.
—Quoi.?
Amanda continue d’une voix parfaitement maîtrisée.
—Ils sont partis hier matin pour une randonnée dans la Chattahoochee National Forest, ils avaient réservé un petit gîte près du secteur où ils devaient passer la nuit.
Le visage de Will s’est déjà transformé, le dimanche vient de mourir l’agent est revenu.
—Ils devaient rentrer quand.?
—Au gîte hier soir.
—Et personne a signalé leur absence.?
—Le propriétaire a pensé qu’ils avaient changé leur itinéraire, ils avaient parlé d’une randonnée assez longue.
Amanda marque une courte pause.
—Un garde forestier est passé ce matin, leur voiture est toujours au départ du sentier personne ne les a vus revenir et ils ne se sont pas présentés au gîte.
Lena sent quelque chose tomber dans son ventre.
—Leurs téléphones.?
Demande Will.
—Injoignables.
—Dernière localisation.?
—On vérifie.
—Quel sentier.?
—Les agents ont les informations.
Will regarde les deux hommes derrière Amanda l’un tient déjà un dossier.
Lena ne plaisante plus du tout.
—Jeremy est avec elle ?
Amanda tourne les yeux vers elle.
—Oui.
Cette réponse suffit à faire disparaître les dernières traces de sommeil, Faith et son fils depuis hier dans une forêt immense.
Will tend déjà la main vers le dossier.
—Les rangers cherchent depuis combien de temps.?
—Les premières recherches ont commencé ce matin, leur secteur a été élargi après la découverte de la voiture.
—Météo cette nuit.?
—Fraîche humide pas de tempête importante.
—Matériel.?
—Faith avait prévu une vraie randonnée sac, eau, vêtements, trousse de premiers secours, Jeremy aussi.
Un minuscule soulagement pas assez mais quelque chose.
Faith n’est pas partie marcher en baskets avec une bouteille de soda elle avait préparé le week-end.
Will ouvre le dossier ses yeux tombent sur la première page, trop de texte trop vite son cerveau n’a pas encore suivi le passage brutal du canapé à l’urgence.
Amanda le voit sans commentaire, elle résume immédiatement :
—Voiture retrouvée intacte aucun signe évident de lutte autour, téléphones hors réseau ou éteints, aucun passage enregistré au gîte les rangers ont commencé sur l’itinéraire déclaré et les embranchements proches.
Will relève les yeux.
—Pourquoi t’es venue ici.?
Amanda le regarde droit dans les yeux.
—Parce que c’est Faith.
Voilà.
Derrière lui, Lena est déjà repartie vers la chambre.
Will tourne la tête.
—Lena.?
Sa voix arrive du couloir :
—Je mets un pantalon !
Amanda ferme brièvement les yeux.
—Excellente initiative.
—J’AVAIS PAS PRÉVU UNE DISPARITION CE DIMANCHE !
Will regarde Amanda.
Amanda regarde Will.
Puis le couloir.
—Trent.
—Oui.?
—Deux minutes.
Il comprend se préparer partir.
Le dimanche inutile vient officiellement de durer moins d’une matinée, sur la télévision abandonnée les gens continuent à se disputer autour de leur maison de leur gâteau ou de ce qu’ils étaient censés fabriquer, personne ne saura jamais pourquoi parce qu’à quelques mètres de là, Will a déjà repris cette expression que Lena connaît parfaitement celle où tout le reste disparaît et cette fois, il ne s’agit pas d’un dossier il s’agit de Faith et Jeremy.

Will n’a même pas besoin de réfléchir à sa tenue le costume reste dans l’armoire, ils vont en forêt.
Pas au GBI.
Pas au tribunal.
Pas dans une maison où il peut tranquillement conserver une cravate impeccable pendant huit heures il attrape un pantalon solide, un tee-shirt, un pull, une veste légère adaptée à l’extérieur, il remplace ses chaussures habituelles par une paire capable d’encaisser de la terre, des pierres et plusieurs kilomètres si nécessaire.
Son téléphone.
Son chargeur.
Son portefeuille.
Son arme et son badge, correctement sécurisés.
Il est en train de récupérer quelques affaires lorsqu’il entend Lena derrière lui.
— Tu restes ici.
Aucune réponse.
Will tourne la tête.
Lena est déjà habillée.
Jean.
Baskets solides.
Pull.
Veste souple de sport.
Cheveux rapidement attachés.
Elle est même en train de récupérer quelque chose au fond du placard.
Will la regarde.
— Lena.
— Non.
— J’ai pas encore fini ma phrase.
— Je la connais.
Elle tire enfin un sac à dos de randonnée hors du placard.
Un vieux sac pas neuf, pas acheté hier pour jouer à l’aventurière juste un sac qu’elle possède depuis longtemps et qui à en juger par son état presque scandaleusement correct, n’a pas dû connaître énormément de grandes expéditions.
Will le regarde.
— Depuis quand t’as ça.?
— Depuis longtemps.
— Tu l’utilises.?
Lena ouvre le sac.
— C’est agressif comme question.
Elle commence à y mettre ce dont elle pourrait avoir besoin.
Une bouteille thermos de l’eau supplémentaire quelques trucs pratiques qu’elle récupère dans la maison, une petite lampe, une batterie externe des mouchoirs un vêtement supplémentaire.
Will la regarde faire.
Elle n’est plus endormie plus vraiment l’inquiétude l’a réveillée beaucoup plus efficacement que le café.
— Lena.
Elle s’arrête.
Le regarde enfin.
— C’est Faith.
Voilà pas besoin d’autre argument pour elle.
— Je sais.
— Alors je viens.
— Ça peut être des heures de marche.
— Je sais.
— Terrain difficile.
— Je sais.
— Et si les rangers ont raison sur le secteur, on sera pas sur un chemin touristique.
— Je sais, Will.
Elle ferme une poche.
— Je vais pas courir devant tout le monde je vais pas partir seule, je vais pas toucher des trucs si tu me dis de pas toucher des trucs mais je reste pas ici à attendre alors que Faith et Jeremy sont quelque part là-bas.
Will la regarde.
Elle soutient son regard pas de bouderie pas de numéro cette fois, elle ne négocie pas pour participer à une enquête parce qu’elle est curieuse, Faith est son amie Jeremy est avec elle.
Will finit par expirer.
— Tu restes avec moi.
— Oui.
— Tout le temps.
— Oui.
— Si un ranger te dit de t’arrêter, tu t’arrêtes.
— Oui.
— Si je te dis que le terrain devient trop dangereux…
— Je discute raisonnablement.
Will la fixe.
Lena grimace.
— D’accord mauvaise formulation.
— Très mauvaise.
— J’écoute.
— Merci.
Elle retourne vers son sac puis ouvre un placard.
Will récupère son propre sac pendant ce temps lorsqu’il se retourne, Lena glisse discrètement quelque chose dans le sien un paquet transparent.
Will s’arrête.
— Sérieusement.?
Lena regarde les bonbons en forme de canard.
Puis lui.
— Quoi.?
— Les canards.
— Sucre rapide.
— Bien sûr.
— Énergie de secours.
— Lena.
— C’est médical.
Will n’a même pas l’énergie.
— Ferme ton sac.
Elle sourit à peine.
— Victoire.
— C’est pas une victoire.
— Les canards sont admis en opération.
— J’ai pas dit ça.
— Trop tard.
Moins de deux minutes plus tard, ils rejoignent Amanda elle est toujours devant la maison avec les deux agents, l’un est au téléphone l’autre consulte quelque chose sur une tablette pendant qu’Amanda lui donne des instructions.
— Je veux les derniers contacts confirmés, pas uniquement les données de localisation, vérifiez avec le gîte, les rangers et les services du comté et récupérez l’itinéraire que Faith avait communiqué avant de partir.
— Oui, madame.
Amanda lève les yeux.
Will arrive sac sur l’épaule puis Lena derrière lui sac également.
Amanda regarde Lena.
Ses chaussures.
Sa veste.
Le sac.
Puis Will.
Elle comprend immédiatement.
Will ouvre la bouche.
Amanda :
— J’ai rien demandé.
Il referme la bouche.
Lena, derrière :
— J’aime beaucoup cette politique.
Amanda tourne la tête vers elle.
Lena redevient immédiatement très professionnelle.
— Je vais me taire.
Mais Amanda ne lui demande pas de rester elle sait que Lena n’est pas agent de terrain, elle sait aussi qu’elle possède une expérience militaire, qu’elle sait marcher, observer et surtout qu’elle connaît Faith suffisamment bien pour repérer éventuellement quelque chose qui semblerait insignifiant à d’autres et aujourd’hui, Amanda n’a manifestement aucune envie de laisser de côté une paire d’yeux utile.
— Vous restez avec Trent et les équipes de recherche.
Lena acquiesce.
— Oui.
— Vous ne partez jamais seule.
— Oui.
— Et si les rangers ferment un secteur, vous n’y entrez pas.
— Compris.
Amanda regarde Will.
— Ça vaut pour toi aussi.
Will :
— Je sais.
Amanda arque un sourcil.
— Je préfère le préciser. !
Ils quittent finalement la maison.
Will regarde instinctivement la Tigresse puis le véhicule des agents un SUV tout-terrain la décision est immédiate.
Amanda confirme :
— Votre voiture reste ici une partie de l’accès est encore praticable, mais les derniers kilomètres sont mauvais les rangers ont des véhicules adaptés.
Lena regarde la Porsche.
— Repose-toi, Tigresse.
Will ouvre la portière du SUV.
— Elle survivra.
— Elle a beaucoup donné ce week-end.
Will s’arrête très lentement.
Lena réalise.
— Je parlais du trajet.
Il la regarde.
— Évidemment.
Amanda, déjà près de l’autre véhicule :
— Est-ce que j’ai besoin de savoir.?
Will et Lena répondent exactement en même temps :
— Non.
Amanda ne pose pas la question une deuxième fois.
Choix remarquable.
Lena monte à l’arrière avec Will un agent prend le volant l’autre devant, Amanda part avec un autre véhicule pour coordonner avec les autorités locales et les rangers.
La portière se ferme.
Le moteur démarre.
Et brusquement le silence revient pas celui du canapé un autre.
Lena pose son sac entre ses pieds ses mains restent dessus.
Will consulte les informations transmises sur son téléphone.
Faith et Jeremy.
Voiture retrouvée.
Départ de randonnée confirmé.
Pas de retour au gîte.
Pas de contact.
Lena tourne les yeux vers la fenêtre les rues défilent puis les zones résidentielles s’espacent progressivement, après quelques minutes elle murmure :
— Elle est intelligente.
Will relève les yeux.
— Faith, je sais.
— Elle paniquerait pas pour rien, elle chercherait un moyen de revenir sur l’itinéraire et si elle peut pas…
Lena réfléchit.
— Elle essaierait de laisser quelque chose.
Will la regarde.
Oui c’est précisément ce genre de détail qui peut compter, Faith ne possède pas sa formation à lui en recherche en milieu naturel mais Faith est agent du GBI elle sait qu’on la cherchera, elle sait comment raisonnent des enquêteurs.
— Si elle a pu.
Dit Will.
Lena acquiesce pas de faux optimisme.
— Si elle a pu.
Elle ouvre alors son sac.
Will tourne la tête.
— Qu’est-ce que tu fais.?
Lena sort le paquet de bonbons canards.
— J’en veux un.
— Maintenant.?
— Je mange sous stress.
Elle en prend un.
Puis lui tend le paquet.
Will regarde les petits canards.
— Non.
— Sucre opérationnel.
— Non.
— Canard tactique.
— Lena.
Elle en mange un.
— Tant pis plus pour moi.
Puis elle referme soigneusement le paquet.
Quelques kilomètres plus loin, la ville commence réellement à disparaître derrière eux.
Les routes deviennent plus étroites.
Les reliefs apparaissent.
La forêt se rapproche et avec elle, quelque chose change encore chez Will son corps se redresse légèrement, son regard travaille déjà Lena le voit elle pose sa main sur la sienne quelques secondes ,pas pour le distraire pas pour lui dire que tout ira bien elle n’en sait rien juste "je suis là".
Will retourne sa main et serre brièvement ses doigts puis le véhicule poursuit sa route vers le secteur où la voiture de Faith a été retrouvée leur dimanche inutile est désormais très loin derrière eux.

Posted Sep 12, 2026, 9:33 PM UTC

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